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Promenades avec Marie-Christine Grimard

Promenades avec Marie-Christine Grimard

Aime la vie et le partage d'émotions, et danse avec elles en mots et en images, pour que le chemin vers les étoiles soit toujours bleu.

Publié le par Grimard Marie-Christine
Publié dans : #Une Image..une histoire

Trois semaines qu’il était là, et il avait du mal à s’habituer au changement de vie radical qu’il avait pourtant choisi.

Les matins silencieux, les soirs brumeux, les jours lents, les nuits longues.

Le premier jour, Pierre pensait qu’il ne s’habituerait jamais au changement. Pourtant, cette ville de province, où sa famille avait ses racines, lui avait semblé être le refuge idéal pour passer agréablement la dernière étape de sa vie. Mais depuis qu’il était là, il avait la sensation de s’être engagé dans un tunnel sans fin. Il s’ennuyait du matin au soir et du soir au matin, sans vouloir se l’avouer.

Hier soir, cette conférence à laquelle il s’était inscrit, et à laquelle il avait bien failli ne pas se rendre au dernier moment, lui avait ouvert les yeux. Il fallait qu’il reprenne sa vie en main. Personne ne s’occuperait de lui désormais, s’il ne le faisait pas lui-même. Il n’avait jamais décidé de sa vie, et il était temps de le faire. Dans son enfance, sa mère avait toujours choisi pour lui, jusqu’à la couleur de ses chaussettes. Puis son épouse avait pris le relais. C’était confortable de se laisser guider. Il n’avait jamais aimé les corvées matérielles, leur préférant les plaisirs et les loisirs. Après tout, il avait toujours travaillé dur, gagnant l’argent de la famille. Il estimait qu’il en avait fait assez, et qu’il avait bien le droit d’aller un peu s’aérer lorsqu’il avait fini ses journées harassantes. Il s’était habitué aux regards noirs de sa compagne, lorsqu’il rentrait tard. A la longue, cela n’avait plus eu d’importance, et il s’était débrouillé pour rentrer de plus en plus tard, attendant qu’elle se soit endormie pour ne pas l’entendre gindre. Le jour où il était rentré moins tard que d’habitude, se souvenant au dernier moment que c’était leur anniversaire, était celui qu’elle avait choisi pour le quitter. Pourtant il revenait les bras chargés d’un bouquet d’œillets blancs, comme elle les aimait. Sur le coup, sa première réaction avait été la colère et le dépit, puis un sentiment de liberté l’avait envahit, et il avait passé la soirée à faire toute ce qu’il ne pouvait pas faire depuis qu’il l’avait épousée. Le lendemain, au réveil, lorsqu’il avait émergé péniblement de l’étau qui lui enserrait le crâne, il avait réalisé qu’elle lui manquait, et pas seulement pour choisir la couleur de ses chaussettes.

Une sensation de panique, puis le chagrin, puis l’incompréhension, autant de sentiments déferlèrent en tempêtes successives sous son pauvre crâne. Un mois après, il avait choisi de quitter son ancienne vie et de venir s’installer dans cette ville.

La période de déménagement l’avait beaucoup occupé. Il avait tenté de renouer des liens avec son enfance, quelques anciens amis habitant encore dans la région. Mais chacun ayant sa vie, les relations étaient restées superficielles. Ce qui l’avait le plus marqué, était de lire son âge, sur les visages de ses amis d’enfance. Son meilleur ami avait disparu depuis une décennie, emporté par une longue maladie comme avait dit pudiquement sa sœur en l’évoquant. Sa première petite amie avait une quinzaine de petits enfants dont elle s’occupait à longueur de temps. Elle qui ne savait pas faire cuire un œuf, était devenue une diva de la pâtisserie. Elle avait beaucoup rit en se remémorant leurs premiers émois d’adolescent, et c’est peut-être ce qui lui avait fait le plus de mal, bien qu’il se soit évertué à en rire avec elle.

Il commençait à se demander ce qu’il était venu faire ici, à la rechercher de son temps perdu. Il aurait mieux fait de repartir à zéro, dans un autre pays, là où aucun souvenir ne jalonnerait son chemin.

Une Image...une histoire: Choix de vie.

Il en était là de ses réflexions, lorsqu’un chaton qu’il avait déjà vu traîner dans la ruelle, entra par la fenêtre entrouverte. Il avança précautionneusement, et lorsqu’il l’aperçut, miaula désespérément. Il le fixait de ses grand yeux verts, presque phosphorescents dans la pénombre de la pièce. Il sauta de la fenêtre sur le plancher et en deux bonds, arriva près de lui se frottant contre ses mollets, la queue dressée, en ronronnant. Il n’avait jamais eu de chat, ni même de chien, son épouse ne supportant pas les animaux, mais c’était un de ses désirs secrets, soigneusement enfouis depuis l’enfance. L’animal lui semblait terriblement maigre. Il le caressa, ce qu’il trouva très agréable, le chaton enroulant sa queue autour de son bras pour prolonger la caresse. Il lui donna à boire et trouva dans son réfrigérateur quelques restes de son dernier repas pour lui. Le chaton n’en fit qu’une bouchée, puis, en se léchant les babines, sauta sur ses genoux, en ronronnant son plaisir.

Voilà bien longtemps qu’il n’avait pas eu la sensation d’être utile à quelqu’un, et il trouva cela très bon.

Le chaton sauta de ses genoux et joua sur le plancher avec les ombres du rideau. Il se roula sur le dos essayant d’attraper entre ses coussinets les poussières étincelantes qui brillaient dans les rayons du soleil, et poussant des petits cris de joie. Le jeu dura jusqu’à ce qu’un nuage vint obscurcir la pièce. Un peu déçu, il resta quelques instants couché sur le flanc, puis jeta un coup d’œil vers l’homme, il sauta sur ses pattes et revint se lover entre ses jambes. Le dialogue muet entre eux eut l’air de lui plaire, alors, décidant de s’installer, le chaton fit le tour de la pièce et avisa le fauteuil délabré qui lui venait de son grand-père, et s’installa en boule au fond de l’assise. Le regard qu’il lui jeta était sans équivoque:

« Tu vois, ici, je suis chez moi, et je te tolère aussi dans mon espace… »

Pierre sourit et lui répondit: » Fais comme chez toi ! »

Voilà là ce qu’il lui fallait pour rebondir. Sa mère lui avait toujours dit que s’il apprenait à lire les signes que la vie lui donnerait, il pourrait avancer plus loin sur son chemin. Il n’avait jamais vraiment compris ce qu’elle voulait dire, ou plutôt, il n’avait jamais essayé de comprendre. Ce chaton, c’était un des signes dont sa mère parlait. il en était sûr. Voilà ce qui lui fallait. Un petit être qui dépendait de lui, au moins quelques temps. Un petit être qui acceptait de partager son espace et qui lui ferait aimer sa vie.

En y réfléchissant, il pouvait trouver d’autres personnes à aider. En face de son immeuble, il avait remarqué l’enseigne d’une association qui recrutait des bénévoles. il irait voir demain…

Ce soir-là, lorsqu’il se coucha, le chaton tourna quelques secondes sur le tapis, puis d’un bond sauta sur son lit et s’installa sur ses pieds, avant de s’endormir profondément. Que c’était bon de sentir que quelqu’un vous faisait ainsi confiance. Pierre laissa le souffle régulier du chaton le bercer, puis il s’endormit, un sourire sur les lèvres.

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petite monique 19/11/2014 22:08

j' aime beaucoup cette histoire un peu triste mais pleine d'espoir avec cette adorable chacun

Marie-Christine Grimard 20/11/2014 19:14

merci beaucoup à vous, les animaux nous aident à poursuivre notre route, beaucoup plus que nous le croyons !