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Promenades avec Marie-Christine Grimard

Promenades avec Marie-Christine Grimard

Aime la vie et le partage d'émotions, et danse avec elles en mots et en images, pour que le chemin vers les étoiles soit toujours bleu.

Publié le par Grimard Marie-Christine
Publié dans : #Une Image..une histoire
Photo M Christine Grimard

Photo M Christine Grimard

Le gel avait sorti ses griffes pour la première fois depuis le début de l'hiver. Par chance, la neige était restée dans les limbes, mais les arbres semblaient attendre qu'elle se décide à les recouvrir de silence. On sentait une menace flotter dans la fraîcheur de l'aube.

Sophie se leva ce matin-là avec une douleur sourde qui lui barrait le front. Il ne fallait pas que cette migraine se réveille, pas aujourd'hui !

Elle referma les yeux, et se concentra pour que la gêne disparaisse. Elle avait tant de choses à faire ce matin, sans compter la soirée qu'elle avait prévue depuis des lustres. Ce n'était pas si fréquent que ses amis lui rendent visite. Elle ne les avait pas vus depuis la fin de l'université. Ils étaient tous dispersés, leurs nominations respectives les ayant disséminés dans la France entière. Elle avait surtout envie de revoir Céline, son amie d'enfance, dont elle n'avait plus aucune nouvelle depuis deux ans déjà. Mais ce soir, c'était son anniversaire, ses trente ans, et ils allaient tous se retrouver. Ils avaient prévu ça depuis le jour de leur diplôme, ils feraient la fête ensemble, pour l'anniversaire de leurs trente ans, chacun invitant tous les autres. Elle avait envoyé une invitation, il y a quelques semaines pour leur rappeler la date et leur donner sa nouvelle adresse, mais elle n'avait eu que trois réponses. Elle avait quand même prévu de quoi les nourrir tous, se souvenant des goûts de chacun, et ça allait être grandiose !

Elle craignait un peu les mauvaises surprises, cependant, sans oser se l'avouer. Ils étaient si proches en ce temps-là. Les choses avaient sûrement changé. Elle avait eu quelques nouvelles des uns et des autres, de loin en loin. Certains s'étaient mariés, avaient fondé une famille, d'autres avaient voyagé, d'autres avaient une belle situation maintenant. Elle se demandait, si le fait de se réunir de nouveau, n'allait pas casser les beaux souvenirs. Se confronter à la réalité tue souvent les rêves. Elle balaya ses craintes d'un revers de main, et se dépêcha de remettre en ordre son salon avant de sortir pour se rendre à son travail. Elle n'aurait pas trop de toutes les minutes de cette journée pour que tout soit prêt ce soir.

Elle déroulait mentalement la liste des tâches de la journée, en se rendant à sa place de Parking, sans voir que le givre avait habillé de dentelles, les contours des arbres. Elle faillit glisser en entrant dans sa voiture, et réalisa que la chaussée devait être glissante. Elle démarra prudemment, l'obscurité ne s'était pas encore totalement dissipée et son pare-brise était couvert de bandes de givre, devenant guirlandes scintillantes chaque fois qu'elle croisait une autre voiture. C'était très joli, mais très imprudent, et elle finit par s'arrêter sur le bas-coté de la route en attendant que la ventilation aie fini de faire fondre ces éphémères stalactites. Au moment où elle redémarrait, en regardant dans son rétro-viseur, une femme surgit de nulle part et traversa en courant, juste devant son capot. Elle pila, sans l'atteindre, mais la voiture qui arrivait en face, eut moins de chance, dérapa et glissa vers le fossé en passant à quelques centimètres de l'aile arrière de la voiture de Sophie. Celle-ci sortit précipitamment de sa voiture pour aller porter secours au conducteur, mais celui-ci n'étant pas blessé, avait déjà fait le tour de sa voiture, et constatant l'absence de dégâts, se retourna vers la jeune femme qui avait traversé pour l'invectiver.

La jeune femme s'était arrêtée sur l’accotement, regarda Sophie en souriant, lui envoyant un baiser virtuel d'un geste de la main et se retourna tranquillement et repartit d'un pas léger vers un petit chemin de traverse. L'homme, furibond ne l'entendit pas de cette oreille, et partit en courant pour la rattraper.
Sophie attendit quelques minutes, s'interrogeant sur la signification de ce simulacre de baiser. Elle avait l'impression bizarre d'avoir déjà vue cette jeune femme sans pouvoir lui donner un nom. Elle décida de suivre l'homme pour en avoir le cœur net.

Photo M. Christine Grimard

Photo M. Christine Grimard

Sophie traversa prudemment et s'engagea dans le petit chemin caillouteux où avait disparu la jeune femme, puis l'homme en colère.

Elle ne les voyait pas, l'obscurité cédait la place à un pâle soleil, étranglé de brumes glacées.

Elle avança jusqu'au premier tournant, et s'arrêta lorsqu'elle vit l'homme revenir vers elle. Il avait rebroussé chemin, il lui expliqua, tout essoufflé, qu'il avait perdu la trace de la jeune femme, sans comprendre comment. Le chemin était un cul de sac, conduisant à une ancienne grange en ruines. Il avait fait le tour de la grange dont il ne restait que quatre murs, et n'avait vu personne. Il avait l'air inquiet et apeuré. Sophie jeta un coup d’œil par-dessus son épaule, s'attendant à voir la jeune femme apparaître, mais ne vit rien bouger. L'homme ajouta:

"Ne restons par là, ça ne sert à rien de se geler ici plus longtemps. Il n'y a personne. Pourtant, vous et moi, nous avons bien vu cette fille, n'est-ce pas ? Je n'y comprends rien !"

Devant son air égaré, Sophie lui confirma qu'il y avait bien une fille brune aux cheveux longs qui avait traversé juste devant sa voiture, et était partie tranquillement sur ce chemin sans issue.

"Je l'ai bien vue, insista-t-elle, comme je vous vois ! Jetons de nouveau un coup d’œil ensemble, si vous voulez !"

L'homme semblait soulagé que Sophie confirme que ce qu'il avait vu n'était pas un mirage, il acquiesça. Ils reprirent le chemin de la grange, appelant la jeune femme, regardant dans les buissons, puis firent le tour du terrain, entrèrent dans les ruines, et n'y trouvèrent qu'une nichée de corbeaux. Dépités, il revinrent vers leurs véhicules en silence. Sophie était perdue dans ses pensées. Elle se demandait où elle avait déjà vu le visage de cette jeune femme. Brisant son silence, l'homme reprit la parole le premier:

"Cette journée partait mal pour moi, et cela se confirme. Je me demande si je ne deviens pas fou..."

Sophie tenta de le réconforter, en posant la main sur son bras, elle dit:

"Dans ce cas, nous somme deux ! J'ai vu cette jeune femme, et vous aussi. Le fait qu'elle ait disparu dans ces fourrés ne change rien à l'affaire. Et je dois être encore plus folle que vous, parce que j'ai eu l'impression de la connaître..."

Il la regarda avec soulagement, hocha la tête et répondit:

"Ça doit être le choc ! En tout cas, je vous remercie de votre aide. Si j'avais été seul, je crois bien que ..."

Il laissa sa phrase en suspens, les yeux dans le vide. Puis se retourna vers sa voiture et ajouta:

"Finalement, personne n'est blessé. Il ne faut pas rester là. Si ma voiture veut bien démarrer, je vais essayer de continuer ma route."

Il serra les mains de Sophie dans les siennes, la salua, puis remonta dans sa voiture, et après quelques secondes d'hésitation, repartit dans sa direction initiale.

Sophie le suivit des yeux, et l'imita, non sans avoir jeté un coup d’œil vers le chemin de traverse en espérant voir réapparaître la mystérieuse jeune femme. Elle ne vit pas défiler le reste du trajet jusqu'à son bureau, perdue dans ses pensées.

Ce matin-là, c'était l'effervescence au bureau. Elle fut happée par l'ambiance de folie dès son arrivée, et oublia l'incident de la matinée. En début d'après-midi, elle alla faire quelques courses pour sa soirée, puis retourna au bureau pour finir un dossier urgent. Elle avait bouclé sa journée dans les temps et s'en félicitait, elle pourrait profiter de sa soirée avec ses amis sans arrière-pensée. Au moment de quitter la pièce, elle avisa le tas de courrier qu'elle n'avait pas touché depuis le matin. Il y avait plusieurs réponses à ses invitations, il était temps ! Elle sourit en les ouvrant, la plupart des réponses étaient positives. Ils seraient finalement nombreux à venir, la soirée serait joyeuse ! Quel bonheur.

La dernière lettre était manuscrite, mais elle n'en reconnut pas l'écriture. C'était la mère de son amie Céline qui répondait à son invitation à la place de sa fille. Sophie fut déçue en lisant les premières lignes lui annonçant l'absence de son amie, à sa fête d'anniversaire. Suivait un paragraphe décrivant la vie de Céline depuis qu'elles s'étaient quittées sur le banc de l'université. Sophie fut heureuse d'apprendre la réussite professionnelle de son amie qui avait passé quelques années au Canada avant de revenir en France et d'intégrer un poste important dans une filiale de la firme canadienne, il y a quelques mois. Elle ne comprenait pas pourquoi Sophie n'avait pas pris la peine de lui répondre elle-même, lorsqu'elle fut interrompue par un appel téléphonique.

Tout en répondant, elle jouait distraitement avec l'enveloppe, lorsqu'une photo s'en échappa et tomba sur le sol. En raccrochant le combiné, elle se pencha et resta en arrêt devant l'image qui était sur le sol. C'était le portrait de la jeune femme qu'elle avait vue traverser devant sa voiture, le matin-même !

Elle reprit la lettre et lut fébrilement la seconde page, la gorge nouée.

Elle ne sut pas combien de temps elle resta sur sa chaise, effondrée, laissant ses larmes inonder ses joues, incapable de se lever.

Puis elle trouva la force de relire la fin de la lettre, comme pour s'en imprégner.

"Céline, ma magnifique enfant, est depuis deux mois, allongée sur un lit d'hôpital. Les médecins pensent que son cerveau est détruit, mais moi je sais qu'il n'en est rien. Je sais qu'elle est toujours là et qu'elle pense à ceux qu'elle aime. Certaines nuits, je rêve que nous parcourons ces chemins où elle aimait tant se promener enfant. J'aimerais que tu puisse venir lui rendre visite, qu'elle sente que nous attendons son retour.

Je ne peux oublier ce matin-là, lorsque les gendarmes m'ont appelé pour me dire qu'elle avait été renversée par cette voiture, et qu'on avait retrouvé son corps sur l'accotement. Mais que par miracle, elle était seulement dans le coma. Seulement dans le coma !

Depuis, deux mois, rien n'a changé, mais je garde espoir que notre amour l'aidera à choisir la meilleure issue pour elle. Je serais heureuse de te revoir auprès d'elle.."

Photo M. christine Grimard

Photo M. christine Grimard

Commenter cet article

petite monique 17/12/2014 21:44

tres belle histoire mais dommage que la fin soit toujours triste bonne soirée

Marie Christine GRIMARD 17/12/2014 22:09

Qui sait, peut être se réveillera-t-elle !
Je laisse le choix au lecteur...

petite monique 17/12/2014 21:40

superbe histoire on se laisse prendre par cette jeune fille Quelle talent pour écrire merci

Marie Christine GRIMARD 17/12/2014 22:08

Merci beaucoup pour votre passage ici !