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Promenades avec Marie-Christine Grimard

Aime la vie et le partage d'émotions, et danse avec elles en mots et en images, pour que le chemin vers les étoiles soit toujours bleu.

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Une Image...une histoire: Dernier Eclat

Ayant envie de se changer les idées, elle sortit son chien, ce matin-là.
Elle prit le chemin qui rejoignait le bois en passant sous la ligne à haute-tension. Le chien connaissait la route et suivait une trace imaginaire, la truffe collée aux gravillons du sentier.
Elle se demandait si elle aurait la force de le suivre s’il lui prenait envie de prendre un lapin en chasse. Ses jambes commençaient à lui jouer des tours,

Elle vivait dans une grande maison lumineuse et calme comme elle, à l’écart du village.
Il y a trente ans, lorsqu’elle avait choisi ce terrain isolé, les seuls êtres vivants qu’elle croisait, étaient des moutons qui ne prenaient même pas la peine de relever le museau de leur pâture à son passage.
Elle avait décidé de vivre ici, à quelques lieues de la ville, pour retrouver le silence lorsque la vie lui laissait un moment de répit. Cette maison était son refuge, sa grotte. La vie l’avait habitée, les enfants avaient joué devant le porche, les jours avaient défilé, le temps avait couru entre rires et larmes.
Peu à peu, les champs de blés avaient laissé la place aux lotissements. Le village avait pris de l’ampleur, idéalement situé "entre ville et campagne" selon les publicités des promoteurs. Elle avait vu arriver des nouvelles familles, de nouveaux amis, avant qu’ils repartent vers d’autres cieux.
Elle mesurait la course du temps, au défilement des voisins. La ville avançait peu à peu, enserrant de ses tentacules la campagne environnante, les petites maisons cédaient la place aux immeubles.
Sa vie, elle ne l’avait pas vu passer. Elle l’avait bien remplie, avait vu passer des générations d’enfants dans sa classe, avait vu changé les habitudes et les modes, avait essuyé la craie sur les tableaux et les larmes sur les joues d’enfant. Elle en avait vu défiler des réformes autant que des ministres, tout en gardant le sourire et son cap au milieu des tempêtes et des expérimentations en tout genre.

Quand la journée avait été difficile, elle s’asseyait au fond de son jardin, pour savourer son thé en regardant le vent danser dans les branches. Mais la course des nuages ne l’avait pas attendue. Les arbres qu’elle avait installés, et qui n’étaient que des brindilles, lui cachaient maintenant le ciel.

Quand ils avaient implanté la ligne à haute-tension, en suivant le tracé de la départementale voisine, elle était impatiente que ses arbres arrivent à lui cacher ces horribles monstres métalliques. Avec le temps, elle ne voyait plus qu’un seul pylône. Il était même devenu un de ses repères. En ouvrant ses persiennes le matin, elle regardait les reflets de la lumière sur les galettes de verre isolants les conducteurs. En fonction de leur couleur, elle savait s’il ferait beau ou non.
Elle suivait ce chemin chaque semaine, et s’était habituée au ronronnement des fils, et à la chanson du vent dans les mailles des pylônes.

Le mois dernier, ils avaient reçu une circulaire informant tous les villageois que des travaux allaient perturber leur quotidien pendant quelques semaines, il avait été décidé que la ligne à haute-tension serait enterrée et que la circulation sur la départementale en serait modifiée. Les pylônes disparaîtraient de leur environnement par la suite.

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Photo M. Christine Grimard

Photo M. Christine Grimard

Ce matin-là, elle s’arrêta sous "son" pylône et le détailla comme si elle le voyait pour la première fois. Finalement, elle le trouvait beau, tout habillé de ses dentelles métalliques, ses galettes illuminées par le soleil levant brillaient comme des joyaux. Elle se souvint soudain que quand elle était enfant elle nommait ces constructions métalliques " les dames de fer" trouvant qu’elles avaient la même forme que les mannequins des vitrines.
La nostalgie l’envahit soudain.

Sa vie courait.

La vie changeait sans que rien ne l’arrête.

Bientôt, ce pylône aurait disparu, puis son chien ne serait plus là, puis elle partirait vers d’autres chemins…

Ce n’est que quand on perd les choses, que l’on comprend à quel point elles nous étaient précieuses.

Elle sortit le petit appareil photo qui était toujours au fond de sa poche, et saisit l’image qui brillait devant ses yeux, tous brouillés de larmes.
Elle se demanda si la photo serait nette, et regarda l’écran, puis repartit en souriant dans la brume matinale, sur les traces de son chien.


Le souvenir de cet instant teinté de lumière rose resterait gravé dans sa mémoire, même si le cliché était flou.


La journée qui s’annonçait serait belle…

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D
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M
merci beaucoup d'être venu ici pour me le dire :-) !!!