Aime la vie et le partage d'émotions, et danse avec elles en mots et en images, pour que le chemin vers les étoiles soit toujours bleu.
24 Décembre 2013
Jour 91 :
Aujourd’hui, était un grand jour. Celui où je quittais le statut précaire d’apprentis, pour revêtir celui de débutant confirmé. Aucun diplôme ne me fut décerné, mais je savais depuis toujours, que si je survivais jusqu’à ce jour, on m’autoriserait à rester, et à faire mes preuves.
A partir de ce jour, il y eut un changement important dans ma vie.
Ce matin-là, je réalisai que je n’étais pas seul dans cette cellule. A l’autre extrémité de la pièce, quelqu’un dormait. Peut-être l’avait-on installé là pendant la nuit, sans me prévenir. Je trouvai ça, un peu cavalier, mais d’un autre côté, je fus soulagé de ne plus être seul. Les soirées seraient peut-être moins longues maintenant.
Pendant les deux jours suivants, il m’ignora, puis le troisième soir, il s’approcha de moi, et posa sa main sur la mienne. Ce fut bref, juste un contact, puis il retira brusquement sa main et repartit dans son coin, comme s’il avait peur de ma réaction.
J’essayais de le rassurer, en lui parlant, mais il sembla ne pas m’entendre. C’était bien ma chance, le compagnon qu’on m’avait choisi devait être sourd. Finalement les soirées risquaient d’être longues !
Jour 121
Un mois de plus s’était écoulé depuis mon arrivée, et chaque jour me rendait plus fort. La nourriture était savoureuse, et petit à petit j’appris à apprécier les produits locaux. Dans ce pays, les mets étaient raffinés, et les goûts souvent exotiques. J’avais du mal à mettre des noms sur les plats que l’on me présentait, et que je ne voyais pas, puisqu’on vivait dans une pénombre continuelle.
Cependant, très vite, on ne me donna plus que les plats que je préférais. J’avais rapidement compris que lorsque je renvoyais un plat d’où il venait, on ne me le proposait plus. Petit à petit, mes menus furent parfaits, sans aucune fausse note.
Mon compagnon mangeait la même chose que moi, sans jamais rechigner. Heureusement, il avait bon caractère, et ne fit aucune remarque sur le fait que je lui imposais mes goûts culinaires.
Je commençais à me poser des questions, sur le fait que l’on me nourrisse ainsi magnifiquement, sans rien me demander en retour. J’en parlais à mon compagnon, qui m’expliqua que les choses étaient établies de cette manière, et qu’il valait mieux ne pas poser de question.
Je n’étais pas d’accord avec ce peureux, et je lui dis sans ménagement, qu’il valait mieux affronter les choses plutôt que d’attendre qu’on nous présente une note effrayante à la fin.
Ce fut notre première dispute. Ce soir-là, il ne mangea pas, et retourna dans son coin, pour dormir en me tournant le dos.
Jour 151
Ce jour-là, dès le matin, on sentit une grande effervescence à l’extérieur du bâtiment. Des voix fortes raisonnaient. La discussion semblait animée, mais je n’en comprenais pas une parole. Je m’approchais de mon compagnon, qui paraissait encore plus inquiet que d’habitude.
« Il semble qu’il se passe quelque-chose dehors, dit-il, on dirait qu’il y a une tempête. On va peut-être devoir déménager, qu’en pensez-vous ?
-Ne soyez pas toujours inquiet, chaque fois qu’il se passe quelque chose. C’est assez lassant ! Attendons de savoir ce qui se passe. Il sera toujours temps de se faire du souci après. »
Toute la journée, des bruits inhabituels se firent entendre. Je ne savais pas ce qui pouvait produire ces sons inconnus, mélange de sifflements et de grondements. Ils semblaient provenir du toit.
J’eus beaucoup de difficultés à calmer mon compagnon. Je le tenais contre moi, mon bras autour de ses épaules, mais rien ne semblait le consoler.
Enfin, quand vient le soir, les bruits cessèrent. L’atmosphère s’allégea brusquement.
Une voix de femme s’éleva provenant de l’étage du dessus. C’était elle de nouveau, la plus jolie voix que j’avais entendue jusque-là, d’une douceur incomparable. Le seul fait de l’entendre m’apaisa immédiatement, et mon compagnon me regarda, avec un air à la fois soulagé et émerveillé. Il ressentait le même bien-être que moi. On tendait l’oreille pour entendre ses mots. Elle disait :
« Tout va bien, finalement, les choses suivent leur cours normalement. Je suis plus tranquille. »
Jour 181
Ce jour-là, une autre voix, entra dans notre univers. Elle était plus grave, profonde, apaisante aussi, mais plus autoritaire. Je crois que c’était une voix d’homme.
La première fois que je l’entendis, elle chantait. La mélodie me berça, et je me rendormis alors que c’était l’heure du repas. Mon compagnon me réveilla en posant sa main sur mon visage, pour que je mange. Il savait que j’étais de mauvaise humeur, lorsque j’avais faim.
Je l’en remerciais, tout en ayant un peu honte de lui imposer sans arrêt mon mauvais caractère et mes quatre volontés, alors que lui était si doux avec moi.
Je me dis ce jour-là que l’on ressemblait de plus en plus à un vieux couple, et cela déclencha un fou-rire communicatif.
A partir de ce jour, nous fûmes de plus en plus proches.
A suivre ...