Aime la vie et le partage d'émotions, et danse avec elles en mots et en images, pour que le chemin vers les étoiles soit toujours bleu.
9 Août 2013
J’allais m’installer au wagon-restaurant, et le serveur me demanda si je souffrais du mal des transports, en raison de ma pâleur.
Je lui répondis qu’un parfum de violette m’avait donné le vertige dans ma cabine, et que j’avais du en sortir. Il blanchit à son tour et me regarda fixement en disant :
« Vous êtes dans la cabine 13, Madame ?
-En effet, répondis-je, intriguée à mon tour, comment le savez-vous ? »
Il eut un moment de recul, ne voulant manifestement pas me répondre.
Mais j’insistai :
« -Vous le saviez ? Comment ?
-Je ne le savais pas, Madame, mais j’ai moi-même remarqué ce parfum, en passant devant cette cabine » dit-il dans un souffle en s’éloignant de ma table. Il n’avait même pas pris ma commande !
Toute cette ambiance commençait à me peser, et je souhaitais que ce voyage pénible se termine rapidement.
Un autre serveur arriva, prit ma commande, et seulement quelques minutes plus tard, je pus commencer à me restaurer. Curieusement, cette histoire m’avait ouvert l’appétit.
Le train traversait une zone boisée et les branches défilaient devant le soleil, ce qui me fascinait, me plongeant peu à peu dans une sorte de rêve éveillé. Quelqu’un ouvrit une fenêtre et l’air du crépuscule pénètra dans le wagon, chargé d’une odeur de feuilles et d’humidité. Le courant d’air produit, fit claquer la porte d’entrée du restaurant, et l’air se chargea de violettes.
De nouveau, ce frisson glissa le long de ma nuque, et je sus qu’elle était là, avant de la voir.
Elle contourna ma table puis se planta devant moi, en me regardant d’un air songeur.
C’était une femme fine et élancée, au charme intemporel, toute de mauve vêtue, assortie à son parfum, et j’étais incapable de lui donner un âge. Son regard gris, triste et incisif, aurait pu être celui d’une vieille dame, pourtant ses yeux étaient jeunes. Son expression à la fois dure et curieuse, n’effaçait pas l’impression de vulnérabilité qu’elle dégageait.
L’air semblait chargé d’électricité et ce n’était pas lié au ciel nuageux du crépuscule.
« Bonsoir Madame, dit-elle- d’une voix profonde. Puis-je me joindre à vous ?
J’ai déjà dîné, reprit-elle, mais je vais prendre un café avec vous. Le café est un de mes gros défauts.
Je vous l’offrirai avec plaisir, installez-vous, lui dis-je en faisant signe au serveur. » Celui-ci s’approcha aussitôt en me regardant surpris, lorsque je lui commandai un second café.
Bien sûr, Madame, tout de suite ... »
Il revint quelques minutes plus tard, posant le café devant moi, et me regarda d’un air abasourdi quand je lui dis :
« Merci, mais c’est pour mon invitée. » en poussant la tasse vers ma voisine.
Il s’éloigna en se retournant deux fois, et me fixant d’un air incrédule.
Je ne lui prêtai plus attention, et me tournai vers la femme aux yeux tristes qui me faisait face, bien décidée à comprendre ce qui la rendait aussi sombre. Elle me fixait intensément, ses prunelles grises brillaient d’un feu irréel, qui contrastait avec la pâleur de son visage. J’y devinais un mystère qui m’intriguait de plus en plus, et qu’il me fallait absolument décrypter avant la fin du voyage.
J’avais toujours aimé chercher ce qui se cachait derrière les choses et imaginer ce que les gens dissimulaient derrière leur visage, occupait une grande partie de mon temps libre. Souvent, je m’imaginais leur vie, en les croisant dans la rue, en détaillant leur allure, ou en examinant leur attitude. Parfois, je voyais juste, souvent même. Je mettais cela sur le compte de l’intuition, et les gens étaient d’accord pour reconnaitre que j’avais beaucoup d’intuition …
Ce qui était souvent un jeu, allait devenir, ce soir là, un défi, et je risquais de payer très cher mes erreurs de jugement, comme je le comprendrai plus tard, en me repassant le film de cette soirée.
A suivre ...........