Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Promenades avec Marie-Christine Grimard

Aime la vie et le partage d'émotions, et danse avec elles en mots et en images, pour que le chemin vers les étoiles soit toujours bleu.

Publicité

les Filles de la Lune (Partie 16)

Le lendemain, l’état du blessé s’était nettement amélioré.

Quand Bertrand, son compagnon ouvrit les yeux, il vit que son ami avait repris des couleurs. Luna était à son chevet, lui faisant boire un peu de sa potion émeraude, puis quelques cuillères de potage. Tristan était de nouveau conscient et son regard avait retrouvé plus de vivacité, il parvint même à lui sourire.

Les autres hommes de leur groupe, avaient quitté le village au petit matin, pour regagner leur ville, en promettant d’envoyer de l’aide pour rapatrier le blessé dans les jours suivants. Luna leur avait indiqué qu’il faudrait attendre plusieurs jours avant qu’il ne soit possible de le transporter.

Publicité
les Filles de la Lune (Partie 16)

Mais l’état de Tristan s’améliorait de jour en jour, et à la fin de la semaine, il put se lever et participer à la vie du village. Il était trop faible pour reprendre la route, et ne pouvaient pas rester indéfiniment dans la maison commune, en attendant le retour de ses hommes.
Pierre et Luna n’avaient jamais quitté leur village, mais ils savaient que les routes étaient périlleuses, surtout en temps d’hiver. Ils n’imaginaient pas ce que le voyage représentait, mais les deux compagnons leur avaient expliqué qu’il leur faudrait deux semaines pour regagner leur ville. Pierre leur proposa de les héberger jusqu’à leur départ, ce qu’ils acceptèrent. Dans les jours qui suivirent, Bertrand tenta de l’aider dans ses tâches quotidiennes, mais il n’avait jamais appris le travail de la terre, et malgré sa bonne volonté, les premiers jours furent laborieux. Cependant, chacun apportant aux autres, son expérience et ses connaissances, leur cohabitation fut un moment de grand enrichissement mutuel. Luna poursuivait ses soins et Tristan eut bientôt recouvré toutes ses facultés. Sa grossesse était déjà bien avancée, mais elle ne ménageait pas sa peine, malgré l’inquiétude visible sur le visage de Pierre.

Bientôt le blessé fut en état de se lever, mais ses mains douloureuses ne lui permettaient pas de participer aux travaux. Il restait près de la cheminée et observait la vie de la maisonnée et tous les villageois qui défilaient, pour venir demander de l’aide à Luna. Elle distribuait indifféremment les potions et les conseils, jusqu’à une heure avancée du jour, sans prendre garde à son dos ou à son ventre douloureux.

Un soir, elle s’arrêta brusquement, pliée en deux par la douleur, une main sur les reins et l’autre sur le ventre. Sans un cri, elle s’assit dans le recoin de la fenêtre, la sueur perlant sur son front, les yeux clos. Tristan, inquiet, fit sortir les dernières personnes présentes et s’approcha d’elle:

- Que vous arrive-t-il ? voulez-vous que j’aille chercher de l’aide ?

- Non, ne vous inquiétez pas, répondit-elle d’une voix blanche. Donnez-moi, la fiole bleue qui est sur l’étagère, s’il vous plaît.

Tristan, suivit la direction indiquée et trouva facilement la seule fiole bleue parmi toutes celles qui était sur ses nombreuses étagères. Il lui tendit le flacon et un gobelet de métal. Elle s’en versa une rasade, qu’elle but en fronçant les sourcils. Tristan n’aima pas l’odeur âpre qui s’en échappait, mais ne s’éloigna pas, observant l’effet obtenu. Quelques secondes plus tard, Luna se redressa. Elle avait repris des couleurs. Elle le regarda et lui sourit, se leva et dit :

- Bien, je vais préparer le repas du soir. Merci de votre aide.

Elle s’approcha de la grande table où étaient étalés des légumes, et en regardant Tristan avec insistance, ajouta :

- Il est inutile de parler de cet épisode à Pierre, cela l’inquiéterait pour rien. Je compte sur votre discrétion. Il a assez de soucis pour le moment.

Tristan baissa les yeux, n’arrivant pas à soutenir ce regard puissant, doux et autoritaire à la fois.

- Je compte sur vous ? insista Luna.

- Oui, bien sûr, finit par acquiescer Tristan. Il n’avait rien à lui refuser, après tout elle lui avait sauvé la vie.

Ce fut l’instant que choisirent Pierre et Bertrand pour rentrer. Tristan, gêné, baissait de nouveau la tête, ce qui ne trompa pas les deux hommes.

Pierre s’approchant de Luna, demanda :

- Que se passe-t-il ici ?

- Rien de particulier, répondit Luna en continuant à préparer ses légumes.

- Il me semble que ton visage est tendu, dit Pierre.

Il jeta à coup d’œil à Tristan, qui baissa la tête de plus belle en rougissant.

Luna ne disait rien. Pierre insista.

- Tristan ? Que me cachez-vous ?

- Votre épouse semble se préoccuper plus des autres villageois que d’elle-même, répondit-il. Il me semble que vous devriez lui faire entendre raison, et de dans son état, ceci est une folie.

Luna lui jeta un regard incendiaire, ramassa sa marmite de légumes et sortit de la pièce, sans un mot.

- Lui faire entendre raison, grommela Pierre. Voici justement ce que je n’ai jamais réussi à faire. Je suppose qu’elle sait mieux que personne, jusqu’où peuvent la mener ses forces, mais parfois, j’avoue qu’elle m’inquiète beaucoup !

- Elle semblait souffrir tout à l’heure, et a dû boire un peu d’une de ses potions. Je ne sais pas ce qui s’est passé, mais vous devriez lui en parler.

- C’est ce que je vais faire, dit Pierre, en se dirigeant vers la porte qu’avait pris Luna quelques instants auparavant.

les Filles de la Lune (Partie 16)
Publicité

Il trouva Luna prostrée sur une chaise. Elle avait détaché la statuette de son cou et la tenait contre son ventre proéminent. La douleur se lisait sur son visage et elle ne leva même pas la tête lorsque Pierre entra dans la pièce. Elle serrait les dents pour ne pas crier. Il se précipita vers elle et la prit dans ses bras.

- Luna, que t’arrive-t-il ?

- Je crois que les douleurs ont commencé, dit-elle. Mais il est trop tôt. Je vais demander à la déesse d’arrêter le travail, il ne faut pas que l’enfant naisse avant que la Lune soit pleine. Il faudrait qu’elle lui laisse encore un peu de temps pour qu’elle se fasse belle avant son arrivée. Ajoute-t-elle en souriant pour tenter de détendre l’atmosphère.

- Luna, que dois-je faire ?

- Attendre et me faire confiance, répondit-elle dans un souffle.

Il l’accompagna jusqu’à leur couche où elle s’étendit, posant la statuette en évidence sur le sommet de son ventre arrondi. L’enfant s’étira, faisant saillir ses pieds en avant. Luna pâlit encore plus, en serrant la statuette plus fort.

Pierre regardait la scène, de plus en plus inquiet, lorsqu’un rayon de lune se posa sur le visage de sa femme. Celle-ci s’apaisa brusquement, les traits détendus, souriante, lorsque la statuette s’illumina de l’intérieur, semblant brûler d’un feu écarlate. La lumière scintillait, pulsant au rythme d’un cœur. Luna poussa un soupir de soulagement et son ventre s’affaissa légèrement. Tout avait duré quelques secondes, puis la lune disparut derrière les nuages, et la statuette s’éteignit. Luna souriait et se tournant vers Pierre, lui dit :

- C’est fini, ta fille attendra son heure, maintenant.

- Comment peux-tu le savoir, répondit Pierre encore inquiet, et qui te dit qu’il s’agit d’une fille ?

Luna se taisait, se contentant de le regarder avec une infinie compassion. Soutenant son regard, il soupira à son tour et en se dirigeant vers la porte, lança :

- Évidemment ! Je me demande pourquoi je pose des questions !

Il retrouva les deux compagnons dans la grande salle, qui l’interrogèrent du regard.

- Nous allons prendre le repas, seuls ce soir, mon épouse a besoin d’une nuit de repos. Demain, elle aura retrouvé toute son énergie, je pense.

- Je pense qu’il faudra plus qu’une nuit de repos, pour qu’elle aille mieux, répondit Tristan, dubitatif. Et je ne crois pas que sa potion bleue puisse la remettre sur pied aussi vite.

- Ses potions vous ont pourtant fait recouvrer l’usage de vos mains, il me semble, répliqua Pierre.

- Ne vous méprenez pas, Pierre, j’ai vu de quoi était capable votre épouse au cours de ces derniers jours, et je fais confiance dans son talent, mais je pense que son état est plus grave que vous le croyez…

- Je comprends, répondit Pierre, et vous remercie de votre sollicitude à son égard. Moi-même, je suis en souci pour elle, mais j’ai confiance en Dieu qui la protégera, elle et notre enfant.

- Il me semble que Dieu n’a pas grand-chose à voir dans tout cela, répliqua Bertrand. Je ne crois pas blasphémer en disant que la force extraordinaire de votre femme provient d’une autre puissance, mais je me garderai bien d’aller plus loin sur ce chemin…

- J’aimerais que l’on ne pousse pas plus loin cette discussion mes amis, coupa Pierre, et que vous ne parliez pas de ces choses-là autour de vous, en regagnant la ville. Les ragots ne nous apporteraient que des ennuis.

En prononçant ces paroles, Pierre eut un mauvais pressentiment, qu’il tenta de chasser de son esprit. Il revit le visage fermé du curé, lorsqu’il regardait Luna soigner Tristan, et réprima son angoisse. Il scruta le visage des deux compagnons, mais ceux-ci ne mesuraient pas son trouble.

- Ne vous inquiétez pas pour votre épouse, répondit Bertrand. Nous lui sommes très reconnaissants pour ce qu’elle a fait pour Tristan, et nous ne ferons jamais rien qui puisse lui nuire. N’est-ce pas ? demanda-t-il en se tournant vers son compagnon.

Pierre regarda les deux hommes tour à tour, et se sentit un peu rassuré. Ils avaient l’air sincère. Ils ne diraient rien.

La crise semblait passée et il pouvait faire taire son inquiétude pour ce soir.

Oui, mais pour combien de temps ?

A suivre ...

les Filles de la Lune (Partie 16)
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
L
Est-ce moi qui n'est pas vu les épisodes mais il me semble que l'on passe de la partie 13 à la partie 16? Zut alors!???
Répondre
G
Oh merci ! Vous avez raison l'épisode 14 et le 15 sont restés coincés dans les limbes du Net <br /> Je vais corriger ça dès que possible ! <br /> Merci d'être aussi attentif ;))