Aime la vie et le partage d'émotions, et danse avec elles en mots et en images, pour que le chemin vers les étoiles soit toujours bleu.
11 Août 2014
Au réveil, elle avait sa réponse.
Elle avait rêvé la guérison d’Hermine. Elle avait vu ses mains, guidées par d’autres mains aux longs doigts fins, accomplir les gestes guérisseurs. Elle allait reproduire ce lent massage jusqu’à ce que le ventre douloureux, dur et gonflé de l’enfant, retrouve sa souplesse et sa forme normale. Il s’agissait de rétablir les flux, de guider la vie vers sa lumière. Elle avait retrouvé confiance. Elle parviendrait à ses fins et donnerait à l’enfant sa décoction digestive, mélange de camomille, mélisse, fenouil et de chardon-marie, pour accélérer sa guérison. Elle repartit si vite vers le village qu’elle en oublia sa statuette sur le sol. Elle était arrivée à l’orée du bois quand un hurlement aigu l’arrêta.
La louve était là, assise à la regarder d’un air réprobateur, la statuette dans la gueule. Luna baissa les yeux, confuse et lui dit :
La louve émit un grondement sourd et s’approcha de Luna. Elle posa la statuette devant ses pieds et pointa son museau sur son ventre, appuyant fortement à un endroit précis. Luna n’osait plus respirer. La louve mima plusieurs fois le même geste avec son museau, massant l’abdomen de Luna de haut en bas avec son museau. Elle regarda Luna au fond des yeux pour s’assurer de son attention, puis reprit la statuette dans sa gueule et reproduisit le même mouvement. Enfin, elle glissa la statuette dans la paume de la main de Luna et tourna la tête en direction du village, en grondant.
Luna avait compris. Elle salua la louve d’un signe de tête, et la remercia en s’éloignant :
Arrivée à la porte du village, elle se retourna et salua d’un geste de la main, la louve qui la suivait du regard, à l’orée du bois. Celle-ci hurla à la lune montante, puis bondit et disparut sous les ramures.
Luna, fébrile, se précipita dans la chambre où dormait Hermine. Lisa qui était aussi pâle que sa chemise de lin, regarda entrer sa mère, et sentit son espoir renaître. Elle avait dans les yeux cette lueur qu’elle lui connaissait bien. Celle qui faisait flamber sa vie depuis toujours, la lumière de l’espoir et de la vie. Elle se leva et prit les mains de sa mère :
Elle serra Lisa contre elle, à l’instant où Hermine s’éveilla en se tortillant de douleur. Lisa prit l’enfant et la berça contre son cœur mais rien ne calmait ses cris. Luna se dirigea vers la cuisine, enduisit ses mains d’un onguent à la reine des prés, pendant que Lisa installait sa fille sur la couche. L’enfant se tordait de douleur. Luna commença à lui masser le ventre de haut en bas, en reproduisant les gestes de la louve. Au début, l’enfant cria plus fort, puis peu à peu se calma. Lorsque Luna arrêtait de masser, elle criait de nouveau, aussi elle continua inlassablement jusqu’à ce que l’enfant se rendorme.
Une heure plus tard, la même scène se reproduisit, et Luna reprit son massage, mais il fallut moins longtemps pour que le bébé se calme. La reine des prés et la douceur de la main de sa grand-mère, la rassuraient. Toute la nuit, celle-ci ne ménagea pas sa peine, et au matin, enfin, elle sentit nettement sous ses doigts, que quelque chose se dénouait, comme si elle avait libéré un obstacle. L’enfant sourit et poussa un long soupir. Lisa, qui s’était endormie, se redressa brusquement.
Luna prit l’enfant dans ses bras, et la déposa contre le sein de sa fille. Le bébé frotta sa tête contre la peau de sa mère, cherchant le sein, puis se mit à téter goulument en soupirant entre chaque gorgée. On aurait dit qu’elle essayait de rattraper le temps perdu. Lisa caressait ses cheveux, et de grosses larmes coulaient en silence sur ses joues. Luna les entoura toute les deux de ses bras, et ferma les yeux, épuisée. Lisa sentait la statuette de la déesse battre entre son dos et le cœur de sa mère, et elle releva la tête pour regarder le visage de sa mère.
Plus aucune parole n’était nécessaire, et dans le regard embué de larmes qu’elles échangèrent, tout était dit.
Luna sortait de ces mois d’angoisse et de cette nuit de bataille, totalement épuisée. Elle sentait ses forces décliner, et savait que sa flamme s’éteindrait bientôt. Mais, en regardant Lisa qui berçait Hermine, elle savait aussi que cette flamme éclairerait les autres femmes de sa lignée aussi longtemps qu’on aurait besoin d’elles.
Au loin, il lui sembla qu'un hurlement de joie s'élevait dans le petit matin.
A suivre ...