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Promenades avec Marie-Christine Grimard

Aime la vie et le partage d'émotions, et danse avec elles en mots et en images, pour que le chemin vers les étoiles soit toujours bleu.

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Les Filles de la Lune (Partie 3)

Le lendemain matin, lorsque le téléphone sonna à l’aube, Lina sut qu’une page de sa vie était tournée, avant même de décrocher.

Elle hésita, puis pris le combiné, le cœur battant. Une voix douce et jeune lui annonça en hésitant que sa mère s’était endormie paisiblement la vieille, mais ne s’était pas réveillée ce matin. Un long silence suivit, Lina n’arrivant pas à admettre que ce qu’elle redoutait était arrivé, et se disant à la fois qu’elle avait toujours su que cela se produirait. Après quelques minutes, la jeune femme s’inquiéta :

- Madame, avez-vous besoin d’aide ?

- Je … Non, Merci, répondit enfin Lina. Ne vous inquiétez pas, je vais venir tout de suite.

- Au contraire, prenez votre temps de vous remettre avant de prendre la route. Nous préparerons les démarches administratives, il faudrait que quelqu’un vous accompagne.

- Oui, vous avez raison. Je viendrai dans la matinée.

Lina posa le combiné, puis s’assit, abasourdie, avec la sensation que son monde venait de s’écrouler….

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Les Filles de la Lune (Partie 3)

Lina vécut les jours suivants comme on traverse une tempête, ballotée de part en part par les vagues de chagrin, confrontée aux absurdités de l’administration, à l’indifférence, aux tracasseries en tout genre. Elle émergea de cette période, comme un noyé qui se réveille sur le sable de l’estran, sonné et fourbu.

Lorsqu’elle se retrouva seule, la famille qui était venue la soutenir lors de obsèques de sa mère étant rentrée chez elle, elle comprit qu’elle ne pouvait plus repousser le moment de déménager la maison de ses parents.

Déménager n’était pas le mot approprié, il s’agissait plutôt de la démanteler, de vider tous ses souvenirs et de les mettre au rebut. Elle ne parvenait pas à accepter cette idée. Le dimanche suivant, elle décida de faire un premier tri, pour évaluer l’ampleur de la tâche. En ouvrant la porte vitrée de l’entrée, une odeur de jasmin vint lui chatouiller les narines, le parfum de sa mère. Elle ferma les yeux, l’imaginant sortant de la cuisine pour l’accueillir avec son sourire éclatant. Mais il n’y eut que le silence. Elle sut alors que la tâche ne serait pas facile, et hésita un instant entre continuer ou rebrousser chemin.

Elle rassembla son courage, et commença à vider les armoires de linges, en essayant de ne pas réveiller ses souvenirs, de plier les costumes de son père sans évoquer les jours où il les portait. Deux heures après, elle avait fini et ne garderait que la robe de mariée de sa mère et le « trousseau » de sa grand-mère, des draps de baptiste qu’elle avait patiemment brodés à son chiffre, qu’elle n’utiliserait jamais, mais qui gardaient encore l’odeur des sachets de lavande fraîche que sa mère disposait sur les rayons à chaque récolte automnale, des mouchoirs fins comme des ailes de papillons, et des services de table centenaires.

Epuisée, elle s’assit dans le salon, regardant la lumière décliner sur les tableaux, celui que son père avait offert à sa mère au moment de leurs fiançailles représentant le canal traversant son village, qu’elle quittait pour l’épouser et dont elle était restée nostalgique toute sa vie, les portraits de ses ancêtres, et le sien, dessiné au fusain par un jeune artiste de Montmartre alors qu’elle avait quinze ans. Tout ceci ne pouvait être vendu, elle les emballa soigneusement pour qu’ils supportent un séjour prolongé dans sa cave. Les murs vides devenus impersonnels, il lui serait plus facile de poursuivre sa tâche.

Le jour suivant elle déménagea la vaisselle, sans réussir à se décider à s’en défaire, puis le bureau de son père, jetant la plupart des papiers administratifs, et gardant la correspondance et les photos, qu’elle se promit de trier plus tard. Sa cave commençait à être pleine de cartons, mais peu à peu les meubles et les placards se vidaient. Bientôt la maison serait vide, et elle pourrait la louer meublée ou mettre des annonces pour vendre les meubles. Cette étape était une épreuve supplémentaire et elle se donnerait quelques jours pour y réfléchir.

Le dernier jour, elle contemplait les pièces vides où ses pas résonnaient, fière, malgré tout d’être parvenue au bout de sa tâche sans trop de chagrin, lorsqu’elle réalisa qu’elle avait oublié le grenier. Cette contrariété fut la goutte d’eau, et elle s’écroula sur le canapé du salon, en larmes. L’impression de vide qu’elle ressentait soudain, l’envahit toute entière, comme si elle était seule, désormais, et pour l’éternité, sans savoir où le chemin la mènerait, ni si elle y parviendrait seule. Sa mère avait toujours été là pour la guider dans ses choix, et son absence se faisait lourde, brutalement.

Elle essaya de se remémorer ses dernières paroles à propos des vieilleries qui se trouvaient dans ce grenier. Elle voulait qu’elle les trie et qu’elle garde ce qui était le souvenir de sa lignée maternelle.

Il faudrait bien qu'elle finisse ..

Sa mère n'insistait jamais pour rien, donc cela devait être important pour elle.

Les Filles de la Lune (Partie 3)
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