Aime la vie et le partage d'émotions, et danse avec elles en mots et en images, pour que le chemin vers les étoiles soit toujours bleu.
27 Mai 2014
Lina, se ressaisit, il fallait en finir. Elle allait jeter un coup d’œil et elle reviendrait dans la semaine si cela en valait la peine. Après tout, si c’était la dernière volonté de sa mère, elle pouvait bien encore faire cet effort.
Elle monta péniblement l’étroit escalier de bois qui menait au grenier, chaque marche grinçant sous ses pas. Elle poussa la porte qui s’ouvrit en gémissant, comme si elle regrettait de laisser passer une visiteuse indésirable. Lina fut submergée par l’odeur de vieille poussière qui régnait dans la pièce. Elle traversa le grenier pour ouvrir le fenestron et en poussant le volet de bois, laissa le soleil couchant pénétrer dans le réduis, faisant scintiller les fils des toiles d'araignées.
Quelques cartons étaient disposés le long des murs, elle décida de les descendre dans le salon pour mieux en trier le contenu dans la semaine.
Dans le coin opposé de la pièce, une grande armoire de bois occupait tout le mur. Elle appartenait à la mère de sa grand-mère, et avait été fabriquée par son arrière-grand-père. C’était un meuble monumental, en bois ouvragé, magnifique, et Lina se promit de lui donner une place de choix dans son appartement, si toutefois, elle parvenait à le glisser sous son plafond ! Elle avait oublié l’existence de cette armoire, qui était dans le bureau de son père dans a petite enfance, et que l’on avait relégué dans ce grenier, lorsque son père avait acheté un meuble plus moderne pour y conserver ses papiers administratifs. Elle laissa glisser ses doigts sur les volutes de bois entourant les serrures, avec l’impression que le bois se réchauffait sous ses mains.
Lorsqu’elle effleura la serrure, la porte s’entrouvrit, libérant un parfum de lilas. Lina reconnut celui de sa grand-mère, et sourit à l’évocation de ses yeux si doux qu’elle avait connus seulement une dizaine d’années. Elle eut alors la surprise de découvrir une bibliothèque entièrement remplie de livres brochés ou gainés de cuir. Elle n’avait jamais su que ce grenier recélait de telles merveilles. Des livres d’auteurs majeurs côtoyaient ceux d’illustres inconnus, que Lina ouvrit précautionneusement, craignant de les voir tomber en poussière. Mais l’armoire de bois les avait bien protégés, et certains semblaient presque neufs.
Sur l’étagère la plus haute étaient alignés une demi-douzaine de carnets, que Lina prit d’abord pour les carnets de sa mère, mais lorsqu’elle les parcourut, elle découvrit qu’ils étaient couverts d’écritures différentes et inconnues. Plusieurs auteurs semblaient avoir soigneusement consigné des évènements dont ils souhaitaient garder le souvenir, et Lina remarqua qu’ils avaient été écrits à des époques différentes.
Sans savoir exactement ce dont il s’agissait, elle comprit que c'était là l’héritage dont sa mère parlait. Elle rangea soigneusement ce trésor de famille dans un carton, et y ajouta les fameux carnets de sa mère qu’elle trouva derrière la seconde porte de l’armoire, se promettant de les lire attentivement, en essayant d’en reconstituer la chronologie à tête reposée.
Elle allait quitter la pièce, lorsqu’elle remarqua une statuette qui brillait dans le soleil couchant, sur une étagère de coin. Elle était éclairée obliquement par les derniers rayons. Il s’agissait d’une silhouette d’allure féminine, tellement usée et polie, qu’on ne distinguait plus son visage, mais à l’endroit où devait se trouver son cœur, la lumière dessinait une flaque rouge scintillante. Lina s’approcha, fascinée par cette lumière qui battait comme un cœur, sans oser la toucher. Ce devait être la représentation d’une divinité féminine, mais elle ne ressemblait pas aux statuettes de la vierge qu’elle connaissait. Elle tendit la main pour la saisir, et dans l’instant, la lumière se fit plus vive, semblant inonder toute la pièce, ce qui la fit hésiter. Mais le cœur palpitant sous cette fine couche de bois, l’attirait inexorablement, et lorsqu’elle s’en empara, elle sentit une douce chaleur l’envahir, qui l’apaisa. Une curieuse impression s’imposa à elle, comme si elle était enfin rentrée chez elle, alors qu’elle mettait la touche finale au démantèlement de sa maison d’enfance !
La statuette était montée sur une chaîne d’or. Pour ne pas la faire tomber, Lina la passa autour de son cou. Elle ressentit de nouveau cette douce chaleur, plaisante. Elle se laissa porter par la certitude apaisante qu’elle aurait bientôt les réponses à ses questions, prit son carton sous le bras, puis referma le grenier et redescendit les marches.
Arrivée au bas de l’escalier, elle crut entendre de nouveau la voix de sa mère qui lui disait :
« …les objets qu’il contient n’étaient pas les miens au sens propre, mais ils font partie de notre héritage, celui de la lignée des femmes de ma famille. Ils sont ton héritage, et ils te reviennent de droit. Tu comprendras de quoi je parle en les voyant. »
Elle se retourna brusquement, mais il n’y avait personne. Décidément le chagrin la rendrait folle, si elle n’y prêtait pas attention.
Machinalement, elle posa la main sur la statuette qui se balançait entre ses seins. Celle-ci était chaude, et semblait battre au rythme de son propre cœur. Cela ne l’effrayait pas, au contraire, sans qu’elle comprenne pourquoi, elle qui avait toujours détesté les histoires ésotériques.
Il était temps de quitter cette maison, elle rassembla les différents objets qu’elle avait sélectionnés, et les emporta dans sa voiture. Elle leur ferait une place dans sa vie, en souvenir de ses parents, mais elle savait déjà que sa plus importante richesse, serait la lecture de ces mystérieux carnets. Elle espérait qu’ils lui révèleraient les secrets de cette statuette, bien qu’elle les pressente déjà sans bien comprendre pourquoi.
En reprenant la route de son appartement, il lui sembla évident qu’elle venait de tourner une page de sa vie.
Elle serait différente désormais, comme si elle venait de quitter son innocence, et que cette mue donnait naissance à une personne inconnue, celle qu’elle avait toujours été sans le savoir.
Elle se demandait si cette nouvelle personne serait son amie, ou si elle devait en avoir peur.